L'univers de Paul Tristan Zilberman
L'univers de Paul

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L’univers de Paul

Après avoir quitté la petite route de la « Quinte », nous devons cheminer sur un sentier bordé de buis, grimper à travers les bois de châtaigniers, puis longer une draille sous les falaises, avant d’atteindre notre destination.
D’en haut, un panorama grandiose s’étend sous nos pieds : le vert de la vallée, le bleu des collines, le blanc des fumées nucléaires, le brillant du fleuve, le gris moucheté des îlots d’urbanisme, puis les cimes enneigés du Vercors et de la chaine des Alpes… Encore quelques pas et nous arriverons chez Paul.

Une bâtisse trapue aux murs de basalte apparaît, se découpant sur une lande battue par les vents. La toiture est recouverte de cailloux. Les cailloux, c’est le système « D » des habitants du plateau pour protéger les tuiles des coups de mistral.
Tout autour, quelques vaches ruminent paisiblement, allongées dans l’herbe boueuse de mars, leurs veaux collés à leurs flans.
Paul est prévenu de notre arrivée. Il nous accueille sur le pas de la porte pendant que son chien, curieux, vient renifler nos chaussures. Quelques mots pour prendre des nouvelles et nous voilà dans la cuisine, invités à nous asseoir et à prendre un verre de sirop. Une fois la porte refermée, nous nous retrouvons dans la pénombre de la cuisine et il nous faut un peu de temps avant de pouvoir distinguer ce qui nous entoure. Seule une étroite fenêtre apporte un peu de lumière dans la pièce noircie par des décennies d’enfumage : Les poutres sont noires de suie et les murs sont eux aussi imprégnés par les fumées. Pas de décoration à l’exception d’une photo de famille ancienne et d’un calendrier de l’année précédente à l’effigie d’un fabriquant de tracteurs. La toile cirée, passablement usée, laisse apparaître encore ça et là les motifs potagers d’origine. Un vieux transistor y est posé, compagnon s’il en est, du maître des lieux, lien avec le monde…Des journaux et sans doute plusieurs semaines de courriers s’entassent sur le buffet.
Une vaste cheminée occupe tout un pan de la pièce ; de ces cheminées dans lesquelles on suspendait autrefois la marmite à soupes et autres plats à mijoter…Paul, quant à lui, cuisine sur le fourneau qu’il peut garnir de bois ou de charbon. Assis autour de la table, nous bavardons, pendant que le chat vient minauder et se frotter à nous.
Devant la fenêtre, une auge en pierre tient lieux d’évier. Un miroir à demi dépoli est accroché au-dessus. Sur le côté, un tuyau muni d’un robinet émerge du mur. C’est « l’eau de la ville » à laquelle Paul est raccordé depuis quelques semaines…mais il s’en méfie : « elle a le goût du caoutchouc » dit-il ! L’eau qui vient du puits et qu’il a toujours consommée lui inspire davantage confiance.

Dans ce décor sombre et austère, où le superflu n’a pas sa place, règne cependant une ambiance chaleureuse et humaine : les gestes de Paul, son accueil, ses regards, l’attention qu’il porte à ses animaux, la joie et l’enthousiasme qu’il manifeste à partager son univers, à raconter sa vie ici, dans la maison où il est né, où il a grandi parmi ses frères et sœurs aujourd’hui dispersés…Une rencontre qui nous propulse hors du temps, en un lieu où la société d’abondance n’a pas encore eu de prise, n’a pas trouvé à se répandre. Paul…dernier des Mohicans ?

Michèle Soullier


VENTE DE DIGIGRAPHIES


Date : 2006
Lieu : France
Materiel : Contax G2, Carl Zeiss 45mm
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