Alger sans bagages Tristan Zilberman
Alger sans bagages

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Sur les traces d’une famille algérienne expulsée de France.

Petit détail de l’histoire

Entre l’Algérie et nous, citoyens de France, c’est une vieille histoire.
Nos aïeux ont laissé là-bas une marque durable, si ce n’est indélébile.
Ils ont imprégné de leur sceau la mémoire collective.

Notre ingérence sur cette terre a duré plus d’un siècle.
Elle a été source de frustrations.
De la frustration à la haine, de la haine à la violence, de la violence à la guerre,
Et de la guerres au désespoir…il n’y a qu’un pas.
Mais le temps a fait son œuvre et a estompé les blessures.
Aujourd’hui, les anciens se souviennent du passé avec moins de rancœur qu’on ne pourrait l’imaginer.
Notre passage a laissé ça et là quelques bons souvenirs…

Depuis toutes ces années, l’Algérie tente de revivre. Elle n’a de cesse de se construire
et de se reconstruire. Combien de temps encore ?

Ses enfants s’impatientent. A quand la liberté, la prospérité si ardemment espérés ?
A quand une vie décente et digne ?
Ses enfants veulent vivre tout de suite, et à tout prix !
Alors, ils forgent leurs espoirs sur l’ailleurs et regardent de l’autre côté de la Méditerranée.
Vers la France, cette vieille marâtre qui les a, disait-on, nourris et éduqués,
qui les a, plus sûrement, abusés et asservis, mais à qui ils ont presque tout pardonné.
Et ils se prennent à espérer qu’elle voudra encore bien d’eux…la France !


Tragédie en actes

Acte I

Ici, quand tout s’obscurcit au point d’engloutir les moindres espérances,
Quand la peur devient quotidienne, que l’angoisse s’intensifie, colle à la peau, envahit tout,
Quand les espoirs de bonheur deviennent des chimères,
Alors on cherche une issue et on se prend à rêver d’une autre vie,
Une vie ailleurs.

Pourquoi serait-elle inaccessible ?
Cette vie d’insouciance et d’abondance qui s’étale sur les écrans de télévision ?
A quelques encablures de là, elle s’affiche avec arrogance.
Pourquoi nous serait-elle interdite ?
Il suffit de ténacité, d’entêtement, de sacrifices, sans doute…
Mais le jeu en vaut bien la chandelle !


Acte II

Ils avaient presque réussi,
Trouvé asile, entraide et solidarité,
Des amis, un « chez soi », le bonheur des enfants…
Des enfants nés en terre d’accueil.
Pas encore citoyens, mais déjà résidants.
Pendant quatre ans !
Quatre ans…et le fol espoir d’obtenir des papiers.

Pour la famille restée au pays…ils étaient « ceux qui ont réussi »
Plus malins, plus chanceux, plus téméraires…
Et donc récompensés. Allah Akbar !
Ils avaient atteint leur but et gagné un bonheur mérité.
Ils jouissaient de l’aura des gagnants…des exilés gagnants.
Gagnants, mais exilés, c’est à dire plus là…
Plus là, c’est à dire absents.
Et, retenez bien ça : « les absents ont toujours tort » !


Acte III

Un jour, le vent a tourné.
Des vapeurs nauséabondes se sont répandues un peu partout sur la République
La trahison, une odeur qu’on avait oubliée ! Pas de doute, elle était de retour.

Et la sentence est tombée comme un couperet,
Par derrière, et sans alternative possible.
Le commissariat, le fourgon, le centre de rétention,
Barreaux, verrous, gamelles de taulard,
Stupeur, incompréhension, angoisse qui paralyse,
La peur sur les visages des enfants,
Et l’impuissance, l’incapacité de les rassurer…

Toute l’aventure n’avait donc été qu’un rêve, un mirage ?
Comme le rêveur est naïf !
Le rêveur n’a pas de raison de douter, de se méfier. Il est vulnérable.


Acte IV

Et puis, le retour, la déchirure…
Avec derrière soi quatre ans de vie construite par petites touches d’espoir,
derrière soi les objets témoins de cette vie, et la preuve qu’elle n’était pas seulement un rêve.
Dans l’appartement, ustensiles de cuisine, vêtements, cahiers d’école, jouets d’enfants, photos souvenirs…
se figent, abandonnés.
Devenus désuets, inutiles, ils ne sont plus que des traces de vie,
des indices de passage, figurant l’éphémère.

Parti à trois, revenus à cinq,
La maison familiale est devenue bien étroite !
Chacun y a occupé l’espace libéré et n’est pas disposé à le partager à nouveau.
Et bien mal (re)venus ceux qui avaient parié sur le grand départ,
Et qui se retrouvent maintenant à la case départ.
Une simple pièce humide et décrépie tient lieu de chambre familiale et de pièce à vivre,
Une cuisine à partager. Pas de toilettes, pas de lieu où se retrouver, se recueillir, s’aimer.
Pas d’intimité.

C’est peut-être aussi le prix d’une autre trahison :
L’abandon du pays quelques années plus tôt.


Acte V

Au commencement du retour, on croit à un cauchemar.
On va bien finir par s’éveiller et reprendre pied dans le réel.
C’est le déni et le refus de se projeter dans cette nouvelle vie qui pourtant s’impose.
Ici, pas de logement, pas de travail, pas d’avenir…
Obstinément, on tente de se convaincre qu’un miracle est encore possible.
L’espoir est toujours là…on ne renonce pas.

Pourtant, au fil des jours, les convictions finissent par s’estomper.
Les visages des amis aussi s’estompent lentement.
Les courriers s’espacent.
La réalité d’hier entre insidieusement dans le souvenir.

Aujourd’hui, les projets doivent changer de cap. Il faut se faire une raison.
La méditerranée est une galaxie, un monde infranchissable
pour qui est démuni du sésame administratif.
L’espoir s’épuise. La résignation devient la nouvelle compagne, la seule issue viable.
Il faut vivre ici et maintenant, trouver un logement décent, un travail
pour que les enfants puissent continuer à s’instruire et se bâtir un avenir digne…
Le nouveau combat à mener, il sera pour eux.


Michèle Soullier


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Date : Décembre 2009
Lieu : Algerie
Materiel :
Boitier Sony Alpha 900
Objectifs Sony CZ 24-70mm, Sony G 70-300mm et Sony G 50mm
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